C L O C
A N A Ï S L E L I È V R E
 
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Ils l’ont vue de loin, ils sont tombés dessus, ils se sont arrêtés, ils ont continué, ils s’y sont pris les pieds, ils ont tourné la tête, ils ont voulu la toucher, ils n’ont pas osé, ils s’en sont approchés, ils ont fait trois pas de côté, ils l’ont touchée du bout des doigts, ils se sont enfuis, ils y ont enfoui un doigt, ils se sont fait attraper, ils s’y sont engouffrés, ils lui ont donné des coups de pieds, ils l’ont tapée à la règle, ils l’ont rejetée à coups de balai, ils lui ont parlé, ils lui ont donné une pièce, ils ont cru qu’elle était enfermée, ils ont voulu la sauver, ils l’ont vraiment prise pour un monstre, ils l’ont regardée, ils ont rigolé, ils ont crié, ils se sont tus, ils se sont questionnés, ils ont eu très peur, ils ne voulaient pas être touchés, ils ont voulu deviner, ils l’ont laissée grimper sur eux, ils se sont cachés derrière d’autres, ils ont ouvert de grands yeux, ils avaient la bouche béante, ils se sont crispés, ils ont guetté son retour, ils l’ont tirée pour ne pas qu’elle parte, ils ont voulu la défaire de sa peau, ils l’ont pointée du doigt, ils ont fait une tête bizarre, ils ont entrouvert la bouche, ils n’ont pas dit un mot, ils se sont tordus de rire, ils ont voulu entrer dedans, ils ont marché dessus, ils ont ouvert un trou, ils ont mis la main dans sa manche, ils se sont dit des choses, ils ne comprenaient rien, ils étaient perdus, ils ont voulu savoir, ils l’ont effleurée, ils l’ont déchirée, ils n’en pouvaient plus, ils en voulaient plus, ils voulaient que ça s’arrête, ils voulaient que ça continue, ils ont trouvé ça drôle, ils ont voulu savoir pourquoi, ils ont attendu qu’elle sorte, ils ont suivi sa trace, ils ont arrêté leur voiture de luxe, ils ont gardé la bouche grande ouverte, ils n’ont pas su quoi faire, ils n’ont pas su quoi faire de leurs mains, ils ne savaient plus où mettre les pieds, ils se sont sentis vides, ils ne savaient plus comment exister.




C'est quoi ça ?... Des poupées… Un robot… C'est des gens ?... C'est monstrueux… J'ai entendu les vagues, la tempête de mer… Une pieuvre… Une fleur… Peut-être une bombe… C'est drôle… Ça m’asphyxie… C'est quoi le but ?... C'est dérangeant mais on aime ça… Juste un guet-apens… C'est très kafkaïen… Elle va se faire mal… Un beau moment d'étonnement à la fois émerveillé et sur le fil de la peur… Je faisais ma fière en voulant toucher la CLOC, mais quand je l'ai touchée, je me suis sentie très superficielle, c'est comme si j'étais un vêtement vide et que le corps était devant moi, que la CLOC était le corps… Elle est enfermée. Vous voulez sortir ? Je vais l’aider... C'est angoissant mais positif… Être en cloque… CLOC comme clochard ?... Quoi qu'on nous dise, même si intellectuellement on sait qu'il y a quelqu'un, quand on ne voit pas, c'est inquiétant… Il m'est venu un court moment l'horrible pensée de ce que seraient mes larves de mites alimentaires soumises à la fièvre d'un Halloween sous LSD. Lesquelles larves, par la vertu d'une sorcière perverse, bénéficieraient de ces belles enveloppes écarlates... Ils sont combien là-dedans ?... On ne sait plus où est la tête... Au lieu d'un sans-abri inerte dans un monde en mouvement qui l'ignore, c'est la CLOC qui s'anime devant les regards figés des passants qui s'arrêtent…




Souvent, c'est la réaction d'un passant qui fait qu'il y a événement. Un passant qui, dans son regard, son attention, son action, donne lieu d'être à cette CLOC absurde, errante, qui n'était qu'un tas de vêtements jetés. Les attitudes du public sont variées jusqu'aux extrêmes de la foule qui s'amasse et de l'indifférence feinte ou fuyante qui pose autant question. Des CLOCS qui arrivent ou qui sont déjà là, qui prennent vie, s'agitent, roulent, fonçent dans un groupe guidé ou restent à peine mobiles, à la lisière entre le vivant et l'inanimé, mais qui se retrouvent vite encerclées. Des regards qui se tournent et se détournent, s'interrogent, interrogent les autres passants. De l'étonnement et des sourires, de l'inquiétude et des rires, des carresses ou le retrait, l'absence de parole ou des adresses à la CLOC, de la passivité ou l'acte de faire exploser le fil cousu pour ouvrir une voie de sortie, la croyance en une situation authentique ou la classification rassurante dans la catégorie "spectacle" jusqu'au don d'une pièce de monnaie à laquelle CLOC finira par tendre la main.




Texte de Pierre-François BERTRAND, Après la Performance : LES CLOCS (59 rue de Rivoli - 12 février 2015)

"LA CLOC est unique…

Formidablement vivante, improbable sculpture toute en rondeur - mi-peluche, mi-marionnette - la CLOC parle d’abord à notre âme, à notre enfant-roi, nous renvoyant à notre intimité la plus profonde…

Fascinante, la CLOC s’apprécie à plusieurs niveaux : on la voit bien sûr de l’extérieur, on admire ses circonvolutions improbables, on l’observe se mouvoir, virevolter, rouler, s’accrocher, se frotter, ramper, se cogner, frapper, caresser, etc.
Mais la CLOC se déguste aussi de l’intérieur puisqu’on ne peut s’empêcher de s’imaginer soi-même dans cette drôle de carcasse tissée : on se revoie fœtus, flash-back foudroyant dans notre tête, au tout début de notre vie, lorsque nous étions encore bien à l’abri chez maman.

Issue directement du Pays des Jouets, ludique par essence, la CLOC est volontiers joueuse et nous « interrojeu ». Virevoltante, elle adore par exemple frapper gentiment autrui de ses excroissances tissées, drôles de manches, incroyables tentacules dispatchées un peu partout sur cette bulle de tissu.
Elle nous invite ainsi au rire, au jeu, à la douceur aussi.

On peut les croire silencieuses mais en fait, non ! Si vous osez les approcher d’assez prêt, il n’est pas rare de les entendre pousser de petits cris, surtout si elles se chamaillent, ce qui est quand même assez fréquent. Car la CLOC aime à vivre en groupe et se déplace toujours en bande : la CLOC a l’esprit communautaire. Si vous me dites qu’un jour, vous avez croisé une CLOC ermite, c’est que vous aurez été trompé, il s’agissait d’une contrefaçon. (La rançon du succès, sans doute…)

Mi gonade, mi protubérance mammaire, la CLOC est sexuée et sexuelle : j’en ai même aperçu copuler, à 2 ou à 3, avec une réelle frénésie. La CLOC est gestation, la CLOC est chrysalide, la CLOC est avant tout féminine car porteuse de vie…

Au début, en voyant ces énormes boules turgescentes carmin, je les ai pris pour autant de cœurs : des petits cœurs malhabiles qui se cognent, mendiant, en aveugles, un peu d’affection, tels des personnages d’Alain Souchon. Elles symbolisent ici fort à propos notre condition d’êtres humains qui, dans ce monde désolant, semblent perpétuellement en quête, pour au final, ne faire que se cogner partout, incapables que nous sommes, pour la plupart, de trouver la petite dose d’amour quotidienne pourtant vitale…

En fait, j’ai découvert peu après qu’il existe de multiples formes de CLOCS, aussi bien en termes de matière que de couleurs. Je le dis d’emblée, je les aime toutes !… En ces temps où la fraternité entre les communautés est mise à mal, où la normalisation tous azimuts s’affiche comme seule issue, les CLOCS et leur multiplicité résonnent fort à propos comme une invitation à apprécier et à cultiver nos différences. 

Les réactions des convives furent très variées : certains, amusés comme moi, avaient le sourire. D’autres, tels des responsables financiers de l’U.M.P. devant leur bilan comptable, les dévisageaient avec le plus grand sérieux, voire une certaine inquiétude…
J’avais, de mon côté, franchement envie de rire : ma symbiose avec ces merveilleuses créatures était si forte que j’eus un instant le projet fou d’en saisir une puis de m’enfuir en courant. Constatant l’étroitesse de la porte en comparaison de la circonférence de l’objet de mon désir, je dus renoncer. Il ne me restait plus qu’à repaître tous mes sens de leurs danses ensorcelantes.
Au contraire, d’autres spectateurs, pauvres imbéciles - pardonnez ma violence mais ils l’ont bien cherché - tentaient de les filmer ou de les photographier !… Dramatique erreur ! Un contact avec les CLOCS n’est ni un événement publicitaire ni un moyen de faire le malin sur Facebook. Tous ceux qui ont cru bon de se réfugier derrière leur viseur ont bien sûr loupé l’expérience de leur vie. La CLOC ne se capte pas, elle est d’abord expérience intime et multisensorielle ! A quoi bon photographier un Château Pétrus 1961 ou un bain avec les dauphins ?! La CLOC se vit, point barre !…

A la fois oeuvre d’art contemporaine en 4 D, spectacle de rue, improbable danse de tissu, la CLOC est au carrefour de tous les arts et de toutes les créations.
Savez-vous par exemple que les CLOC naissent et meurent ?! Elles sont d’abord inertes et silencieuses. Puis, vous les verrez peu à peu se mouvoir et commencer à vous entraîner dans leur ballet étrange et frénétique pour une durée indéterminée. Mais si l’on sait être patient, viendra toujours un moment où leurs occupants finiront par s’extirper de leurs drôles d’habitacles. Tels de gros rochers posés sur le sable de nos rêves d’enfant, les CLOCS resteront là, inertes, et pourtant toujours aussi belles, comme de joyeuses vacances trop vite passées…

Rencontrer une CLOC peut bouleverser une existence…
Tel un rouleau compresseur de tissu, elle met à plat et aussi en perspective le ridicule de nos existences. Le lendemain de l’exposition, j’ai croisé un homme, rue de Rivoli, un drôle de sourire sur les lèvres. Il avait tout plaqué, femme, enfants, boulot et n’avait plus qu’un seul projet : se mettre à la colle avec une CLOC, quitte même à soudoyer un maire pour pouvoir l’épouser, avec l’objectif avoué et fou de - peut-être - lui-même se retrouver en cloque…"




Texte de Lucie PIFTEAU, Lecture psychomotricienne de l'expérience

"Expérience CLOC au Théâtre des Minuits

Une traversée des plans du vécu : de la sensation, à l'affect, à la représentation.

Un espace de jeu, de symbolisation, de potentialités.

Un recentrage sur les éprouvés du corps à travers les différents niveaux anatomo-fonctionnels : la peau touchée, agitée, frôlée ; les muscles plus ou moins tendus, étirés, décontractés ; la forme et la solidité de la structure osseuse retrouvées, contactées. Les formes du corps dans sa globalité et son unité : l'enveloppe, l'organisation spiralée.

Un schéma corporel remanié, expansion et contraintes nouvelles à envisager et intégrer à travers le mouvement.

Une perte de repères : pas de vision plus lointaine que son corps et son enveloppe ; un espace appréhendé par une exploration directe du mouvement ; un équilibre parfois bousculé ; une relation à l'autre soumise aux contacts physiques indirects.
Mais dans le moment qui suit l'expérience, une attention, une acuité, une sensibilité plus développée sur ce qui est alentour à l'instant où on s'y trouve, où l'on y vit.

Une condition : trouver une sécurité interne pour se permettre le lâcher prise propice à la découverte. Autonomie, indépendance, vers une nouvelle séparation-délivrance."



Création de Philippe ARGATTI sur CLOC.




Dessin de Garance, après que la CLOC en sacs plastiques soit sortie de l'armoire de sa cuisine, lors de Hors Lits 4 Région parisienne (Saint-Ouen).








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© Anaïs Lelièvre 2012-2015