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Les CLOCS sont des sculptures-performances créées par Anaïs Lelièvre, artiste plasticienne. Les premières CLOCS ont été cousues en décembre 2012 et animées par des performeurs dès janvier 2013. Depuis elles se développent en se confrontant sans cesse à des situations nouvelles...
LesCLOCS sont des sculptures en métamorphoses incessantes, des performances improvisées qui interagissent avec tous contextes, des êtres indéfinis qui redécouvrent le monde hors des repères établis.
Les CLOCS sont des amas de vêtements usagés, cousus les uns aux autres par des liens élastiques, jusqu'à former une enveloppe que des corps en dessous revêtent comme leur peau et qu'ils viennent animer. Ces membranes relationnelles, plissées et imprévisibles, s'adaptent à des situations diverses, recréant chaque fois la surprise. Forme de vie en éclosion et en devenir, les CLOCS
sont aussi une matrice qui suscite chez les passants des réactions multiples. Elles surgissent au détour de ruelles et autres recoins quotidiens pour renouveler et interroger notre manière d'exister dans l'espace public, d'y rencontrer l'autre, et de cohabiter avec lui.

CLOC
est issue de ZIP, une enveloppe collective en cuir noir. CLOC s'est émancipée de son poids, par le tissu et ses dimensions individuelles, afin de se déplacer et de s’adapter aux lieux rencontrés. CLOC s’est démultipliée telle une population parallèle ou une cellule proliférante, suivant le fantasme d’une invasion à l’échelle du paysage, qui prolongerait l'installation Flottement cellulaireCLOC a d'abord expérimenté des espaces isolés, puis cette bulle s'est ouverte aux réactions imprévues du public, avec lesquels elle interagit. CLOC, d’abord lente et rampante, passe des micro-mouvements de ZIP, naissance troublante de la vie, à l’explosion de plus en plus vive de manches, jupes et autres excroissances, développées en tentacules expansives. CLOC, de petite bulle limaçante, sourde et insinueuse, est devenue une tempête volcanique qui s'impose dans une agitation quasi-hallucinatoire que l'on ne pourrait saisir, cerner, interrompre. La CLOC en sacs plastiques aux mouvements très aériens, et gagnant en impact dans la quantité d'une matière qui appelait à encore plus de profusion, impulsa la naissance de longues tentacules. Parallèlement, la démultiplication continue des CLOCS rouges trouva la forme d'une matrice dans une CLOC géante, collective, la grande MÂ. Et suite à la résonnance écologique de la CLOC en sacs plastiques, d'autres formes se précisèrent vers des enjeux resserrés. Des CLOCS à fleurs vinrent alors germiner. Et des CLOCS aux matières plus riches, précieuses, brillantes, permettant à la lumière de sublimer ces tas de vêtements jetés, vinrent contrecarrer et questionner l'évocation du sans-abris, comme la CLOC de soirée, la CLOC de mariée, la CLOC en fausses fourrures, la CLOC dorée, la CLOC noire, la CLOC métallique... Les CLOCSs'exportent actuellement à l'international, se confrontant à l'image de multiples pays (Islande, Suède, Japon, Italie, Suisse, Autriche, Canada, Russie...). Autour des performances, des dessins, textes, photos, vidéos excèdent un statut documentaire pour se développer comme une production parallèle. Et l'exposition de CLOCS comme des enveloppes sans corps amena le projet de mécano-CLOCS animées par des mécanismes pour aller au plus loin dans la rapidité du mouvement vif dans lequel le corps humain s'épuise vite, et ouvrir à d'autres possibilités comme des CLOCS volantes ; et des sculptures de vêtements ou tissus figés, couverts de peinture brillante, les Black Clothes (Islande), puis les CAPS et les PLOCS...


Une manche qui brandit son trou noir jusqu’à devenir regard. Des coutures qui écartèlent la tension entre deux êtres. Une danse folle. Un œil tentaculaire ou hermaphrodite. Un râle, des cris entre rires et agonie. Un corps-à-corps à la fois fusion et conflit. De la meute animale à la division cellulaire. Ici un ver, non là un tas mort, des collines molles, ou une peluche de chair, une peau retournée, une tente effondrée, des éclats de lave haute-couture, l’invasion d’une marée rouge, l’aspiration d’une vague animale, l’araignée éléphantesque qui pendait sous ton lit, un extraterrestre non répertorié, une matrice du fond des temps, des méandres sans nom. L’inconnu en acte, la résistance de l’indicible, la présence irréductible. La chose rampe à nos pieds. On ose peut-être la toucher. L’hésitation du bout du doigt. Elle se retourne, s’agrippe à nos yeux puis nos jambes. Elle insiste. Nous sommes pris. On la caresse, elle nous tapote comme frappant à une porte. Jusqu’à ce qu’on se familiarise avec sa douce inquiétude. Alors elle glousse et nous murmure des secrets inaudibles. Ça pousse là-dessous. Ça frétille, ça vit. Le tiraillement des interstices. La naissance d’un œil ou d’une bouche qui te sourit. La fulgurance d’un pic. Un bras perce d’un coup sec. Déchirure abjecte. L’excroissance horizontale prend la figure d’une tête. Une tête béante, encore muette. Là-bas un autre corps qui pointe. Il se débat. Il se bat en lui-même. Des choses qui sortent, partout. Ils éclosent là, tous à la fois. Ils s’aident à naître. Ils s’extirpent. Une naissance collective. Des têtes ahuries. Des chevelures défaites comme à peine extraites du chaos originel. Des regards qui traversent. Fixes. Ils nous fixent. Effet miroir. Puis ils nous laissent.

Souvent, c'est la réaction d'un passant qui fait qu'il y a événement. Un passant qui, dans son regard, son attention, son action, donne lieu d'être à cette CLOC absurde, errante, qui n'était qu'un tas de vêtements jetés. Les attitudes du public sont variées jusqu'aux extrêmes de la foule qui s'amasse et de l'indifférence feinte ou fuyante qui pose autant question. Des CLOCS qui arrivent ou qui sont déjà là, qui prennent vie, s'agitent, roulent, fonçent dans un groupe guidé ou restent à peine mobiles, à la lisière entre le vivant et l'inanimé, mais qui se retrouvent vite encerclées. Des regards qui se tournent et se détournent, s'interrogent, interrogent les autres passants. De l'étonnement et des sourires, de l'inquiétude et des rires, des carresses ou le retrait, l'absence de parole ou des adresses à la CLOC, de la passivité ou l'acte de faire exploser le fil cousu pour ouvrir une voie de sortie, la croyance en une situation authentique ou la classification rassurante dans la catégorie "spectacle" jusqu'au don d'une pièce de monnaie à laquelle CLOC finira par tendre la main.

Ils l’ont vue de loin, ils sont tombés dessus, ils se sont arrêtés, ils ont continué, ils s’y sont pris les pieds, ils ont tourné la tête, ils ont voulu la toucher, ils n’ont pas osé, ils s’en sont approchés, ils ont fait trois pas de côté, ils l’ont touchée du bout des doigts, ils se sont enfuis, ils y ont enfoui un doigt, ils se sont fait attraper, ils s’y sont engouffrés, ils lui ont donné des coups de pieds, ils l’ont tapée à la règle, ils l’ont rejetée à coups de balai, ils lui ont parlé, ils lui ont donné une pièce, ils ont cru qu’elle était enfermée, ils ont voulu la sauver, ils l’ont vraiment prise pour un monstre, ils l’ont regardée, ils ont rigolé, ils ont crié, ils se sont tus, ils se sont questionnés, ils ont eu très peur, ils ne voulaient pas être touchés, ils ont voulu deviner, ils l’ont laissée grimper sur eux, ils se sont cachés derrière d’autres, ils ont ouvert de grands yeux, ils avaient la bouche béante, ils se sont crispés, ils ont guetté son retour, ils l’ont tirée pour ne pas qu’elle parte, ils ont voulu la défaire de sa peau, ils l’ont pointée du doigt, ils ont fait une tête bizarre, ils ont entrouvert la bouche, ils n’ont pas dit un mot, ils se sont tordus de rire, ils ont voulu entrer dedans, ils ont marché dessus, ils ont ouvert un trou, ils ont mis la main dans sa manche, ils se sont dit des choses, ils ne comprenaient rien, ils étaient perdus, ils ont voulu savoir, ils l’ont effleurée, ils l’ont déchirée, ils n’en pouvaient plus, ils en voulaient plus, ils voulaient que ça s’arrête, ils voulaient que ça continue, ils ont trouvé ça drôle, ils ont voulu savoir pourquoi, ils ont attendu qu’elle sorte, ils ont suivi sa trace, ils ont arrêté leur voiture de luxe, ils ont gardé la bouche grande ouverte, ils n’ont pas su quoi faire, ils n’ont pas su quoi faire de leurs mains, ils ne savaient plus où mettre les pieds, ils se sont sentis vides, ils ne savaient plus comment exister.

"C'est quoi ça ?... Des poupées… Un robot… C'est des gens ?... C'est monstrueux… J'ai entendu les vagues, la tempête de mer… Une pieuvre… Une fleur… Peut-être une bombe… C'est drôle… Ça m’asphyxie… C'est quoi le but ?... C'est dérangeant mais on aime ça… Juste un guet-apens… C'est très kafkaïen… Elle va se faire mal… Un beau moment d'étonnement à la fois émerveillé et sur le fil de la peur… Je faisais ma fière en voulant toucher la CLOC, mais quand je l'ai touchée, je me suis sentie très superficielle, c'est comme si j'étais un vêtement vide et que le corps était devant moi, que la CLOC était le corps… Elle est enfermée. Vous voulez sortir ? Je vais l’aider... C'est angoissant mais positif… Être en cloque… CLOC comme clochard ?... Quoi qu'on nous dise, même si intellectuellement on sait qu'il y a quelqu'un, quand on ne voit pas, c'est inquiétant… Il m'est venu un court moment l'horrible pensée de ce que seraient mes larves de mites alimentaires soumises à la fièvre d'un Halloween sous LSD. Lesquelles larves, par la vertu d'une sorcière perverse, bénéficieraient de ces belles enveloppes écarlates... Ils sont combien là-dedans ?... On ne sait plus où est la tête... Au lieu d'un sans-abri inerte dans un monde en mouvement qui l'ignore, c'est la CLOC qui s'anime devant les regards figés des passants qui s'arrêtent…"

Pierre-François BERTRAND, Après la Performance : LES CLOCS (59 rue de Rivoli - 12 février 2015) : "LA CLOC est unique… Formidablement vivante, improbable sculpture toute en rondeur - mi-peluche, mi-marionnette - la CLOC parle d’abord à notre âme, à notre enfant-roi, nous renvoyant à notre intimité la plus profonde… Fascinante, la CLOC s’apprécie à plusieurs niveaux : on la voit bien sûr de l’extérieur, on admire ses circonvolutions improbables, on l’observe se mouvoir, virevolter, rouler, s’accrocher, se frotter, ramper, se cogner, frapper, caresser, etc. Mais la CLOC se déguste aussi de l’intérieur puisqu’on ne peut s’empêcher de s’imaginer soi-même dans cette drôle de carcasse tissée : on se revoie fœtus, flash-back foudroyant dans notre tête, au tout début de notre vie, lorsque nous étions encore bien à l’abri chez maman. Issue directement du Pays des Jouets, ludique par essence, la CLOC est volontiers joueuse et nous « interrojeu ». Virevoltante, elle adore par exemple frapper gentiment autrui de ses excroissances tissées, drôles de manches, incroyables tentacules dispatchées un peu partout sur cette bulle de tissu. Elle nous invite ainsi au rire, au jeu, à la douceur aussi. On peut les croire silencieuses mais en fait, non ! Si vous osez les approcher d’assez prêt, il n’est pas rare de les entendre pousser de petits cris, surtout si elles se chamaillent, ce qui est quand même assez fréquent. Car la CLOC aime à vivre en groupe et se déplace toujours en bande : la CLOC a l’esprit communautaire. Si vous me dites qu’un jour, vous avez croisé une CLOC ermite, c’est que vous aurez été trompé, il s’agissait d’une contrefaçon. (La rançon du succès, sans doute…) Mi gonade, mi protubérance mammaire, la CLOC est sexuée et sexuelle : j’en ai même aperçu copuler, à 2 ou à 3, avec une réelle frénésie. La CLOC est gestation, la CLOC est chrysalide, la CLOC est avant tout féminine car porteuse de vie… Au début, en voyant ces énormes boules turgescentes carmin, je les ai pris pour autant de cœurs : des petits cœurs malhabiles qui se cognent, mendiant, en aveugles, un peu d’affection, tels des personnages d’Alain Souchon. Elles symbolisent ici fort à propos notre condition d’êtres humains qui, dans ce monde désolant, semblent perpétuellement en quête, pour au final, ne faire que se cogner partout, incapables que nous sommes, pour la plupart, de trouver la petite dose d’amour quotidienne pourtant vitale… En fait, j’ai découvert peu après qu’il existe de multiples formes de CLOCS, aussi bien en termes de matière que de couleurs. Je le dis d’emblée, je les aime toutes !… En ces temps où la fraternité entre les communautés est mise à mal, où la normalisation tous azimuts s’affiche comme seule issue, les CLOCS et leur multiplicité résonnent fort à propos comme une invitation à apprécier et à cultiver nos différences. Les réactions des convives furent très variées : certains, amusés comme moi, avaient le sourire. D’autres, tels des responsables financiers de l’U.M.P. devant leur bilan comptable, les dévisageaient avec le plus grand sérieux, voire une certaine inquiétude… J’avais, de mon côté, franchement envie de rire : ma symbiose avec ces merveilleuses créatures était si forte que j’eus un instant le projet fou d’en saisir une puis de m’enfuir en courant. Constatant l’étroitesse de la porte en comparaison de la circonférence de l’objet de mon désir, je dus renoncer. Il ne me restait plus qu’à repaître tous mes sens de leurs danses ensorcelantes. Au contraire, d’autres spectateurs, pauvres imbéciles - pardonnez ma violence mais ils l’ont bien cherché - tentaient de les filmer ou de les photographier !… Dramatique erreur ! Un contact avec les CLOCS n’est ni un événement publicitaire ni un moyen de faire le malin sur Facebook. Tous ceux qui ont cru bon de se réfugier derrière leur viseur ont bien sûr loupé l’expérience de leur vie. La CLOC ne se capte pas, elle est d’abord expérience intime et multisensorielle ! A quoi bon photographier un Château Pétrus 1961 ou un bain avec les dauphins ?! La CLOC se vit, point barre !… A la fois oeuvre d’art contemporaine en 4 D, spectacle de rue, improbable danse de tissu, la CLOC est au carrefour de tous les arts et de toutes les créations. Savez-vous par exemple que les CLOC naissent et meurent ?! Elles sont d’abord inertes et silencieuses. Puis, vous les verrez peu à peu se mouvoir et commencer à vous entraîner dans leur ballet étrange et frénétique pour une durée indéterminée. Mais si l’on sait être patient, viendra toujours un moment où leurs occupants finiront par s’extirper de leurs drôles d’habitacles. Tels de gros rochers posés sur le sable de nos rêves d’enfant, les CLOCS resteront là, inertes, et pourtant toujours aussi belles, comme de joyeuses vacances trop vite passées… Rencontrer une CLOC peut bouleverser une existence… Tel un rouleau compresseur de tissu, elle met à plat et aussi en perspective le ridicule de nos existences. Le lendemain de l’exposition, j’ai croisé un homme, rue de Rivoli, un drôle de sourire sur les lèvres. Il avait tout plaqué, femme, enfants, boulot et n’avait plus qu’un seul projet : se mettre à la colle avec une CLOC, quitte même à soudoyer un maire pour pouvoir l’épouser, avec l’objectif avoué et fou de - peut-être - lui-même se retrouver en cloque…"

Elle m’excède, elle m’emporte, elle m’insupporte. CLOC se développe d’une vie propre. C’est elle qui décide. Ceux qui l’incarnent sont emmêlés dans ses plis. Et qui veut la ressaisir s’y fait prendre par les pieds. Tu t’y échines et elle te tord le cou. C’est l’être-CLOC. Chacun a son être-CLOC. Une tache de confiture qui dégouline sur ton front. Ton ventre rebondi qui gêne ton accroupissement. Une boule sans tête dans une poussette. Un gilet abandonné virevoltant sur la rambarde d’escalier. Une valise grande ouverte sur un passage piéton. Une manche qui te fait trébucher. Le chignon qui se coince dans une porte. Trois petits fils qui se boulochent. Une grande flaque au fond du placard. Une tache infime sur ton bas noir. Ta tête qui tangue contre la barre. Un confetti qui reste. Le tuba qu’on oublie. La trace de poussière qui te colle. Tu tombes à terre et on t’applaudit. Ta couette plumée en boule de chair. Un caillou qui sort de ta bouche. Une rature dans ton esprit. Le rire rouge qui déteint sur les dents. L’ébullition du foetus ventriloque. Un grain de sable dans ta mâchoire inférieure. Un boulon dans ta chaussure crevée. Ta chevelure hirsute remplace ton visage. Un panneau rouge devant ta face. On te dit stop et tu n’entends pas. Tu attends que le monde s’envole et il regerbe en toi. Je suis une CLOC. Nous sommes tous des CLOCS.

"Quand je suis dedans, je suis en total lâcher prise. C’est presque comme si j’étais possédée. Il n’y a plus de distance entre mon corps, le corps de la
CLOC et l’extérieur. Tout est poreux. Ce n’est pas un personnage. Ça devient moi. Je deviens hyper puissante. C’est moi qui peux tout faire, dans tous les sens et n’importe quoi. C'est comme quand on joue quand on est enfant. Je suis CLOC. Je ne réfléchis pas aux actions, ça vient tout seul. Ce n’est plus de l’ordre de la chorégraphie, c’est du vécu. À l’intérieur, j’ai chaque fois un imaginaire différent. C’est comme sous des couettes d’enfants. Personne ne nous voit. On se met dans des postures qu’on n’oserait pas. On retourne à l’animal qui rampe. On développe d’autres sensations que la vue, on approche l’extérieur par le toucher, un autre toucher, par les bruits, une ouïe étouffée. Je ne trouvais plus la sortie. J’avais l’impression de donner des coups aux gens. On me touchait mais je ne savais pas qui c’était. Je ne savais plus où j’étais. J’ai commencé à être perdu. Avec la lumière qui passait à travers, je baignais dans la chaleur et le rouge. J’avais l’impression qu’elle me mangeait. J’allais les engloutir avec mes tentacules. J’aimerais voir ce que ça rend de l’extérieur. J’aimerais en maîtriser les tentacules. J’aimerais qu’on me dise ce que ça fait. Je ne me préoccupe pas de l’effet. Je suis dans une bulle. Je m’invente des histoires folles. Une valse dans un château princier ou une limace qui s’étire sur des mètres..."


Lucie PIFTEAU, Lecture psychomotricienne de l'expérience : "Expérience CLOC au Théâtre des Minuits. Une traversée des plans du vécu : de la sensation, à l'affect, à la représentation. Un espace de jeu, de symbolisation, de potentialités. Un recentrage sur les éprouvés du corps à travers les différents niveaux anatomo-fonctionnels : la peau touchée, agitée, frôlée ; les muscles plus ou moins tendus, étirés, décontractés ; la forme et la solidité de la structure osseuse retrouvées, contactées. Les formes du corps dans sa globalité et son unité : l'enveloppe, l'organisation spiralée. Un schéma corporel remanié, expansion et contraintes nouvelles à envisager et intégrer à travers le mouvement. Une perte de repères : pas de vision plus lointaine que son corps et son enveloppe ; un espace appréhendé par une exploration directe du mouvement ; un équilibre parfois bousculé ; une relation à l'autre soumise aux contacts physiques indirects. Mais dans le moment qui suit l'expérience, une attention, une acuité, une sensibilité plus développée sur ce qui est alentour à l'instant où on s'y trouve, où l'on y vit. Une condition : trouver une sécurité interne pour se permettre le lâcher prise propice à la découverte. Autonomie, indépendance, vers une nouvelle séparation-délivrance."

Quand je couds les CLOCS, ça s’envenime et je balbutie. Le fil élastique qui rend la matière pliable-dépliable ouvre un autre espace et un autre temps qui ne s’appréhendent que dans une dimension malléable. Telle surface plane se boursoufle en une demi-sphère irrégulière, telles bordures perpendiculaires s’écartèlent en une fente continue où l’angle droit se perd, telle grande étendue se rétracte en une petite poche microscopique, telle coupe rectiligne s’anime de multiples vaguelettes d’une sismique anti-arithmétique… qui aussitôt retournent à leur état premier, et le défont, et le refont. Je dois coudre à la fois le pli et le déploiement, dans une temporalité écrasée, où chaque état s’échappe vers son opposé. Un espace sans repère, qui ne se comprend que dans la virtualité de mouvements contraires, qu'il faut anticiper sans pouvoir les connaître. La matière me dessaisit en même temps que je la tiens en main. Si l’intellection euclidienne s’effrite, mes doigts saisissent encore quelque peu l’espace qu’ils ont fabriqué et peuvent en sentir la logique insensée. Ces doigts qui se plient et se déploient à mesure qu’ils agitent ces tissus telles des peaux, telle leur peau étendue, dans laquelle ils modèlent en creux leur propre forme, démultipliant leurs courbes dans la sinuosité des bordures plissées, qui s’ouvrent alors telles des branchies efflorées, permettant au corps à l’intérieur de garder le souffle de l’anima, dans une indétermination radicale, explosant les limites du soi vers un maniement au plus germinant et bestial. 

je prends un cuir je ne suis pas sûre je le retourne j’en cherche un autre je prends un cuir je ne suis pas sûre je le retourne j’en cherche un autre je prends un cuir je ne suis pas sûre je le retourne j’en cherche un autre je fais des tas j’entasse les cuirs les cuirs s’entassent je prends un cuir je ne suis pas sûre je le retourne j’en cherche un autre je prends un cuir je ne suis pas sûre je le retourne j’en cherche un autre je prends un cuir je ne suis pas sûre je le retourne j’en cherche un autre je fais des tas j’entasse les cuirs les cuirs s’entassent je prends un cuir je ne suis pas sûre je le retourne j’en cherche un autre je prends un cuir je ne suis pas sûre je le retourne j’en cherche un autre je prends un cuir je ne suis pas sûre je le retourne j’en cherche un autre je fais des tas j’entasse les cuirs les cuirs s’entassent j’en essaie deux je ne suis pas sûre j’en prends un autre j’en essaie deux je ne suis pas sûre j’en prends un autre j’en essaie deux je ne suis pas sûre j’en prends un autre j’en essaie deux j’arrête j’attends je regarde je mets en regard je prends une décision j’accole les cuirs je serre les cuirs j’écrase les cuirs j’aplatis les cuirs je plante les cuirs je plante la pointe des ciseaux je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre j’espace les trous je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre ou j’approche les trous je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre ou j’espace les trous je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre ou j‘approche les trous je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre ou j’espace les trous je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre ou j’approche les trous je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre j’en ai assez je prends un fil je coupe un fil je prends le bout j’écrase le fil mes doigts s’écrasent j’écrase mes doigts je prends l’aiguille je prends le bout j’écrase le fil mes doigts s’écrasent j’écrase mes doigts je pousse le fil je pousse dans le trou le fil affleure j’attrape le fil mes doigts attrapent je serre mes doigts je tire le fil je fais un nœud mes doigts le nouent je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche


DES CORPS INDÉTERMINÉS
Les CLOCS sont des sculptures-performances, entre-deux, entre les corps et le vêtement, entre l'inerte et le vivant, oscillant dans l'indétermination d'une zone frontière.
Les CLOCS sont des boules de vêtements cousus ensemble, entremêlant des robes de soirée en velours ou pailletées, des blouses de travail élimées, des pulls en cachemire ou angora, des cuirs de motards, des chemisiers tachés, des vestes mal taillées, des manteaux à boutons dorés, des survêtements de sport, des tee-shirts taille enfant, des jupes virevolant... La couture se fait avec un fil élastique qui s'étire, se contracte et se rétracte, emportant dans ses mouvements les tissus qui se plissent, se déplient, se replient, se redéploient. Ce magma complexe et fluctuant vient défaire la structure des vêtements, tant formelle que symbolique, engageant et pulvérisant leurs systèmes psychiques, culturels et sociologiques. Entre les plis, le fil apparent se tend, se détend et se retend, jouant des extrêmes de son élasticité. S'il vise à réunir, à fusionner, il affirme aussi par sa présence une coupure insistante. Parfois même il se rompt et éclate. ce qu'il montre en acte c'est la tension entre deux habits comme entre les individus qui y ont porté leurs marques. Entre fusion et séparation, l'espacement des mailles qui sans cesse s'écartent et se resserrent, donne à sentir une relation problématique, irréductible, qui de fait reste en battement.
Les CLOCS sont des enveloppes plissées qui ne s'animent que lorsque des corps vivants viennent de l'intérieur les déployer. Par leurs mouvements improvisés, ils les ouvrent et en découvrent une multiplicité de formes et d'évocations, qui étaient contenues en elles mais encore inactuelles. Ces sculptures mobiles sont définies comme indéfinies, toujours en remaniement, jamais définitives : des forces plutôt qu'une forme. Les vêtements usagers, telles des secondes peaux délaissées, sont ainsi revitalisés par des flux charnels pour donner naissance à un autre existant : un être muable et nomade, situé dans une zone trouble entre l'individuel et le collectif aux liens fluctuants, la bulle psychique et le corps social, l'humain et l'animal, le mort et le vivant, le chaos destructeur et la matrice originelle... Comme une cellule encore indéterminée, puissance de vie sans forme aboutie, réserve inépuisable de virtualités, dont le devenir est chaque fois réinventé. Volontairement ouvertes, imprévisibles, les CLOCS ont pour principe d'excéder toute mainmise, d'exploser toutes frontières, de générer la surprise.
Les CLOCS sont réelles et hallucinantes, existentielles et sans raison d'être, tactiles et insaisissables, définies et fluctuantes, accomplies et larvaires, plissées et germinantes, épuisées et explosives, retenues et excessives, tentaculaires et rétractées, naissantes et étouffées, fortes et impuissantes, vaines et battantes, vivantes et agonisantes, habitées et délaissées, perdues et retrouvées, chaotiques et matricielles, archaïques et utopiques, présentes et ailleurs, contextuelles et sans lieu fixe, nomades et insistantes, cellulaires et urbaines, charnelles et publiques, autour et dedans, peaux et viscères, vêtements et corps ouverts, internes et externes, montrées et cachées, organiques et désorganisées, monstrueuses et familières, folles et ordinaires, proches et imprévisibles, discrètes et incontrôlées, insupportables et inséparables, enveloppées et déliées, isolées et entrouvertes, closes et poreuses, mutiques et interactives, individuelles et collectives, énigmatiques et partagées, secrètes et regardées, directes et désorientées, intégrées et inadaptées, protectrices et perturbantes, douces et violentes, subversives et pacifiques, légères et graves, drôles et inquiétantes, ridicules et fantasmatiques, burlesques et tragiques, hypersociables et inconscientes, insensées et trop pleines de sens, ignares et questionnantes.


PERTURBER L'ORDINAIRE
Les CLOCS sont non seulement multi-formes mais aussi multi-contextes. Elles s'adaptent à divers sites, s'insinuent dans l'espace urbain et infiltrent l'ordinaire du quotidien pour en interroger les repères. Les CLOCS vont sans cesse à la découverte de nouveaux lieux où se produire et se reproduire : des lieux où vivre et des lieux à faire vivre, des lieux à envahir pour créer la surprise, des lieux où faire des rencontres, où interagir, des lieux à bouleverser et à renouveler... Les CLOCS peuvent investir des demeures intimes ou des lieux de passage, des jeux d'enfants ou des salles de travail, des boutiques de luxe ou de fripes, des constructions modernes ou des ruines anciennes, des jardins aménagés ou des forêts vierges, des no man's lands abandonnés ou des zones surpeuplées, des stations de métro, des zoos, des cages, des caves, des escaliers, des balcons, des baignoires, des lavabos, des laveries, des tunnels, des parkings, des marchés, des monuments, des bouches d'égout, des musées... Les CLOCS peuvent jouer avec du mobilier et de l'immobilier, dialoguer à leur manière avec les gens sur un canapé, autour d'un verre, au détour d'une ruelle... Les CLOCS aiment être surpris par des lieux atypiques ou créer la surprise dans des lieux formatés.

DES EXPÉRIMENTATION IMPROVISÉES
Les CLOCS sont conçues et façonnées comme des formes ouvertes, métamorphiques, destinées à s'adapter à tous contextes. Leur définition est toute entière relative, relation. Afin d'en actualiser les déclinaisons, le projet se déploie aussi dans la durée, par des sessions d'expérimentations. Confrontées à des cadres diversifiés, les CLOCS déclenchent des situations nouvelles, explorent et dévoilent d'autres possibilités d'elles-mêmes, éprouvant l'élasticité de leurs limites.
Les CLOCS, par nature imprévisibles, ne peuvent se travailler que dans l'improvisation. Si quelques axes peuvent être établis au préalable pour impulser la performance, les CLOCS débordent voire explosent tout cadrage. Pris dans la matière complexe d'une CLOC, le corps ne sait qu'elle sera l'incidence de sa gesticulation, selon s'il agit sur une zone plane particulièrement tendue, une manche qui s'agitera follement, ou une convergence condensant une multiplicité de plis intensément sensibles et réactifs. Le performeur évolue quasiment à l'aveugle, d'autant plus que les petites ouvertures entre les mailles qui permettent parfois de jeter un oeil vers l'extérieur, ne suffisent pas à retrouver ses repères dans le lieu. Aussi, même si la CLOC avait pour indication d'aller d'un point à un autre, elle dévie très souvent de toute trajectoire, se perd en des zigzags incompréhensibles, retourne sur elle-même sans le savoir.
Les CLOCS étant impossibles à maîtriser, leur improvisation ne peut être chorégraphiée. L'expérimentation peut être lancée par un léger fil conducteur, qui sera souvent détourné ou oublié, pour s'ouvrir à la possibilité d'imprévus qui créent l'événement. Ce que les CLOCS cherchent, malgré leur aveuglement qui les fait avancer à tâtons, c'est qu'il se passe quelque chose, mais "on ne sait quoi". Ce sont les CLOCS, telles qu'elles sont conçues et fabriquées, qui déterminent l'improvisation, ce sont leurs enveloppes et avec elles tout ce qu'elles impliquent et suscitent : ce sont leurs plis, leurs agencements, leurs formes, leurs matières, leurs élastiques, leurs longueurs, leurs tensions, leurs coutures à tel ou tel point d'un vêtement en rapport avec tel ou tel point d'un autre vêtement. Ainsi, les CLOCS échappent-elles à leur aut
eur et à leurs acteurs. Elles se développent d'une vie propre, comme un organisme autonome, selon une logique à la fois interne et relative que l'on ne saurait pleinement saisir.
INTERAGIR AVES LES PASSANTS
Les CLOCS sont d'autant plus imprévisibles qu'elles ne savent pas elles-mêmes ce qu'elles déclenchent. Si elles réagissent au contexte, le contexte réagit en retour. Souvent, c'est la réaction d'un passant qui fait qu'il y a événement. Un passant qui, dans son regard, son attention, son expression, son action, donne lieu d'être à cette CLOC absurde, errante, qui n'était qu'un tas de vêtements jetés. Les attitudes du public sont variées jusqu'aux extrêmes de la foule qui s'amasse et de l'indifférence feinte ou fuyante qui pose autant question. Des CLOCS qui arrivent ou qui sont déjà là, qui prennent vie, s'agitent, roulent, foncent dans un groupe guidé ou restent à peine mobiles, à la lisière entre le vivant et l'inanimé, mais qui se retrouvent vite encerclées. Des regards qui se tournent et se détournent, s'interrogent, interrogent les autres passants. De l'étonnement et des sourires, de l'inquiétude et des rires, des caresses ou le retrait, l'absence de parole ou des adresses à la CLOC, de la passivité ou l'acte de faire exploser le fil cousu pour ouvrir une voie de sortie, la croyance en une situation authentique ou la classification rassurante dans la catégorie "spectacle" jusqu'au don d'une pièce de monnaie à laquelle CLOC finira par tendre la main...
Les CLOCS sont des puissances de perturbation qui remettent tout en question. L'être-à-soi, l'être-au-monde, l'être-ensemble. Leur intense et étrange présence ravive l'ambivalence du premier rapport à l'Autre. À l'Autre en face et à l'Autre en soi. À l'Autre monstre ou alien, né de notre imaginaire, comme à l'autre animal, foetal, cellulaire, issu d'une mémoire enracinée dans le corps. La surprise d'une nouveauté se mêle aux reflux d'une origine oubliée. À la fois l'absurde d'une communication impossible et l'ouverture à d'autres modes d'interactions dont on s'interroge encore sur les significations.
Les CLOCS sont de petites poussières, de minuscules grains de sable, qui s'immiscent dans un espace établi, orienté par un fonctionnement défini, pour impacter des enjeux élargis. Aussi les CLOCS suscit
ent-elles un questionnement existentiel engageant la manière d'habiter et de cohabiter, et dans lequel convergent aussi des questions psychologiques mettant en jeu la relation entre le moi et l'Autre, des questions sociales touchant à la marginalité des personnes errantes, sans domicile fixe, des questions politiques liées à l'espace public, notamment au système institutionnel.

UN PROJET EN EXCROISSANCE
CLOC est issue de ZIP, une enveloppe collective en cuir noir. CLOC s'est émancipée de son poids, par le tissu et ses dimensions individuelles, afin de se déplacer et de s’adapter aux lieux rencontrés. CLOC s’est démultipliée telle une population parallèle ou une cellule proliférante, suivant le fantasme d’une invasion à l’échelle du paysage, qui prolongerait l'installation Flottement cellulaire. CLOC a d'abord expérimenté des espaces isolés, puis cette bulle s'est ouverte aux réactions imprévues du public, avec lesquels elle interagit. CLOC, d’abord lente et rampante, passe des micro-mouvements de ZIP, naissance troublante de la vie, à l’explosion de plus en plus vive de manches, jupes et autres excroissances, développées en tentacules expansives. CLOC, de petite bulle limaçante, sourde et insinueuse, est devenue une tempête volcanique qui s'impose dans une agitation quasi-hallucinatoire que l'on ne pourrait saisir, cerner, interrompre. CLOC en sacs plastiques aux mouvements très aériens, et gagnant en impact dans la quantité d'une matière qui appelait à encore plus de profusion, impulsa la naissance de longues tentacules et l’orientation vers des enjeux resserrés par sa résonnance écologique. Des CLOCS à fleurs vinrent alors germiner dans l'espace hyperurbanisé de Paris. Et des CLOCS aux matières plus riches, précieuses, brillantes, permettant à la lumière de sublimer ces tas de vêtements jetés, viennent contrecarrer et questionner l'évocation du sans-abris, comme la CLOC de soirée, la CLOC de mariée, la CLOC en fausses fourrures et bientôt la CLOC de luxe toute dorée… Et une CLOC géante, collective, la grande MÂ, impulse en matrice la naissance de petites CLOCS individuelles d'où s’extraient les performeurs, laissant s'exposer derrière eux des sculptures inertes. Des CLOCS d'un nouveau fonctionnement sont aussi en projet : des mécano-CLOCS animés par des mécanismes ou souffleries pour aller au plus loin dans la rapidité du mouvement vif dans lequel le corps humain s'épuise vite, et ouvrir à d'autres possibilités comme des CLOCS volantes.
Parallèlement,
les CLOCS se nourrissent de recherches sous la forme de dessins et de textes.

"CLOC" ?
CLOC-CLOQUER : « S'il tricote ... cloc ! cloc ! des harpions ! d'un bout de la galerie hop ! il rebarre cloc-cloquant ! » (A. Boudard, L'Hôpital, 1972). CLOQUER : En parlant de l'épiderme : se gonfler, se boursoufler. « Sa peau cloque » (Caput, 1969). En parlant d'un revêtement de mur : « des fissures se produiront et montreront, au hasard, l'ossature mal étudiée. Par le même effet, cet enduit, inéluctablement, "faïencera", c'est-à-dire qu'il sera coupé d'innombrables fissures capillaires par où la pluie pénétrera; la gelée intervenant, il cloquera et tombera » (Arts et littérature dans la société contemporaine, 1935). Cloquer une étoffe. Imprimer sur une étoffe des dessins en relief. CLOQUÉ : « Les taffetas traversés d'une grosse laine à tricoter ont le relief des cloqués » (Le Monde, 26 juillet 1951). En parlant des feuilles : « qui est atteint de la cloque ». CLOQUE : Boursouflure de la peau, remplie de sérosité et causée le plus souvent par une brûlure, un frottement ou une piqûre d'insecte. Boursouflure dans une couche de peinture, sur un papier humide, un papier mal collé, un cuir, etc. Maladie due à un champignon, qui attaque les feuilles des arbres. « Les vents et les acides de l'air la rongent, forment une croûte qui se boursoufle en cloques sèches et se détache comme l'écorce du platane. Cette pierre fait peau neuve » (P. Morand, Londres, 1933). Être couvert de cloques. Se boursoufler, se gonfler de cloques. Se soulever en cloques. Percer les cloques. « Chaque soir il perçait les cloques avec un cure-dents japonais et des petits jets d'eau se mettaient à jaillir » (J. Prévert, Paroles, 1946). Être en cloque : être enceinte. « Nous en avons assez d'être de simples hommes, des égoïstes nains qui se gonflent en cloques sur un membre de l'univers » (Romains, La Vie unanime, 1908). SE CLOQUER QUELQU'UN : « Se farcir quelques gazelles peu farouches... se les cloquer à son palmarès biroutier » (A. Boudard, Cinoche, 1974). S'EN CLOQUER : S'en moquer. « Vous vous êtes bien trompée : je m'en cloque » (Piron, Oeuvres posthumes, 1738).
CLOC : Son qui imite un bruit sec. CLOQUE : Forme normande de cloche. CLOCHE : Instrument à percussion creux et évasé. Instrument de musique en métal, en forme de coupe renversée, qu'on met en vibration et qui, sous le choc d'un battant à l'intérieur ou d'un marteau à l'extérieur, produit un son retentissant. Son de cloche : opinion très particulière sur une affaire ou un événement. Entendre un autre son de cloche. Sonner les cloches à quelqu’un : le réprimander vertement. « On dit aussi de ceux qui disent tantôt d'une façon, tantôt de l'autre : qu'ils sont comme les cloches, qu'on leur fait dire tout ce qu'on veut » (P. J. Leroux, Dictionnaire comique, 1718). Avoir la cloche fêlée : être fou. Personne stupide, incapable, ridicule. Maladroit, boiteux. Clochard. Ensemble, milieu des clochards. Être de la cloche, être à la cloche : mener la vie des clochards. Se taper la cloche : faire un bon repas. Couvercle de verre sous lequel on place le fromage pour l'empêcher de se dessécher. Abri de verre servant à hâter la pousse ou la maturité de certaines plantes. Appareil servant à recueillir un gaz ou à isoler un corps dans une atmosphère gazeuse. Cloche à oxygène. Objet creux qui recouvre, protège. Manteau de voyage, sorte de cape dont la forme rappelle celle d'une cloche. Dans un contexte grivois : Testicule. CLOCHER : Mettre sous cloche. Donner un aspect fermé à une passe de chapeau. Annoncer un événement à coups de cloche. Importuner, rebattre les oreilles. Présenter un caractère défectueux, aller mal, de travers. Boiter. Être bancal. Bâtiment, généralement élevé, dans lequel sont placées les cloches. Par extension, paroisse, lieu de naissance, d'habitation. Pays natal. CLOAK (anglais) : Grande cape. Under the cloak of darkness : à la faveur de l'obscurité. As a cloak for his illegal activities : pour cacher ou masquer ses activités illégales. TO CLOAK : revêtir d'un manteau. Masquer, cacher. Cloaked with or in secrecy/mystery : empreint de secret/mystère.
CLOC résonne comme un nom de personnage de dessin animé.
CLOC s'interroge sur sa structure visuelle : C..C presque une symétrie, une boucle bouclée ; C comme un cercle (O) avec une ouverture, à l'image d'une cloque ; C vers l'intérieur au début du mot, C vers l'extérieur à la fin comme un cercle ouvert sans fin, intérieur-extérieur, ouverture-fermeture ; O qui, s'il était aussi superposé du L (l en minuscule), formerait deux C qu'il semble condenser tout comme le signe philosophie φ autant qu'une évocation sexuelle à l'image de celle qui émerge des grands dessins vulvaires...