Parcours CHANTIERS
La finesse du plan et la matière qui émerge ou regimbe, l'érection de bâtisses et le constat de la brisure, l'ajout et la perte, l'élévation et l'excavation, la puissance et le manque. Des chantiers de construction qui génèrent démolition et déchets, à la lisière de la ruine ; des chantiers de fouilles archéologiques qui construisent par recomposition syntaxique de fragments. Le dessin comme procès, entre projet et reste. Si la ruine trouverait analogie dans un texte lacunaire (M. Makarius), bâtir – sans y parvenir – la forme d'une écriture du chantier.

CHANTIERS/Coquilles - Résidence au Centre d'arts Fernand Léger, Port-de-Bouc, exposition du 27 avril au 15 juin 2019.
Pour aborder la ville de Port-de-Bouc, construite et brisée par l'histoire enfouie des chantiers navals, le point d'entrée fut l'observation de concrétions de coquillages sur des amphores antiques, collection issue de chantiers de fouilles archéologiques sous-marines. Entre éclatement et rassemblement, ce motif dessiné est numériquement reproduit, rétréci et agrandi, puis fragmenté et composé, jusqu'à devenir un environnement qui recouvre des meubles jetés par les habitants. Croisant coquille archéologique et habitacle contemporain, l'installation se poursuit dans la ville : le dessin est retracé en pointillé à l'échelle l'urbaine, par la dispersion de 95 bris d'amphores marouflés, esquissant des lettres à recomposer. Réactivant les lectures de Bachelard, Valéry et Leroi-Gourhan, ces coquilles sont aussi la recherche d'une écriture erratique, tournant autour de la manière contemporaine d'habiter. Traversée par deux axes en pointillés, l'autre salle d'exposition articule céramiques et dessins (dont certains amorcent les actions à suivre à Cahors et Loupian), entre coquilles organique et scripturale, recouvrements protecteurs et figures fragiles d'habitats.

Philippe Piguet (Anaïs Lelièvre, Chantiers (prémices), Semaine 20.19, Diffusion pour l'art contemporain, 2019) : «Dans son rapport matière/dessin qui architecture l’esthétique d’Anaïs Lelièvre, alors que ses premières œuvres distinguaient nettement chacun de ces deux registres, une forme de porosité s’est opérée à l’épreuve du temps au cœur de sa démarche pour cerner les contours d’une synthèse. Que le concept de chantier la préoccupe nouvellement n’est sans doute pas innocent du sens profond que porte ce mot. Il est le lieu rassemblé d’une déposition et d’une édification, celui d’une industrie, d’une fabrique, un « atelier extérieur » comme on en parlait au XVIIIe. Anaïs Lelièvre est familière de ce type d’espace pour ce qu’il est en transit, dans le flux d’une énergie vitale. Le dessin qui est non seulement son médium de prédilection mais le vecteur sensible et matériel par lequel elle s’exprime tient justement à cette qualité primordiale d’être à la naissance de la forme. En toute proximité de la pensée, à l’instant de sa métamorphose. Là même où siège l’œuvre de l’artiste, en un lieu d’origine.»

Laure Lamarre-Flores (Anaïs Lelièvre, Chantiers (prémices), Semaine 20.19, Diffusion pour l'art contemporain, 2019) : «De Port-de-Bouc à Loupian en passant par Cahors, Anaïs Lelièvre décline, par jeu d’éclatements et de rassemblements propres à son nomadisme, les différentes étapes de son chantier. Ce dernier est à comprendre dans la définition qu’en donne « la Poétique du chantier » de la revue Ligeia, soit un espace-temps de travail ouvert à tous les possibles, « un théâtre de création ». Architectural, historique, spatial ou psychique, il fait se rencontrer des réalités diverses d’une archéologie à la fois antique et contemporaine au cœur d’un parcours interrégional. Anaïs y concrétise plusieurs années de recherche sur le dessin autour de la question de la composition et du délitement, de la forme et de l’informe, de l’ambivalence entre devenir et ruine, projet et aboutissement. Réflexions et productions s’agencent par strates successives auxquelles fait écho le format d’expositions choisi. Eloignés mais imbriqués les uns aux autres, ces lieux sont les réceptacles de pièces qui apparaissent, se complètent, stagnent ou disparaissent dans des installations intrinsèquement liées à un processus de construction. Ils sont la projection à la fois physique et mentale de la mécanique créatrice de l’Artiste : un seul et même chantier de pensée et d’ouvrage.»
 

 

 

 

COQUILLES 1, 2019.
Installation d'impressions numériques sur papier
(avec agrandissements, rétrécissements) du dessin Concrétion de coquilles sur amphore archéologique (Port-de-Bouc)
sur les mobiliers jetés par les habitants (encombrants), 3,26 x 8,66 x 4,25 mètres.
Résidence au Centre d'arts Fernand Léger, Port-de-Bouc.
© Anaïs Lelièvre
/ photo 4 : Julien Lamarre

Edition Semaine : Anaïs Lelièvre, Chantiers (prémices). Texte Philippe Piguet. Semaine 20.19, Diffusion pour l'art contemporain, 2019. www.immediats.fr
Edition numérique : Anaïs Lelièvre, Chantiers. Opening book, Extra 003. opening-book.com
Vidéo Le Mur dans le miroir : www.immediats.fr



 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

Dessin-source : Concrétion de coquilles sur amphore archéologique (Port-de-Bouc), 2018.
Dessin et écriture, encre sur papier,
21 x 29,7 cm.
Résidence au Centre d'arts Fernand Léger, Port-de-Bouc.
© Anaïs Lelièvre

 

 

 

 

 

 

CONTEXTE (amphore antique, fouilles archéologiques sous-marines / centre d'enfouissement des déchets)

 

 

 

 

COQUILLES 2, 2019.
Installation éclatée dans la ville de 95 bris d’amphore en argile, marouflée d’impressions numériques sur papier (avec agrandissements, rétrécissements)

du dessin Concrétion de coquilles sur amphore archéologique (Port-de-Bouc).
À l’échelle urbaine, les fragments tracent en pointillés des lettres à l’endroit des trous noirs (brisures des coquilles) du dessin transposé sur la carte.
Résidence au Centre d'arts Fernand Léger, Port-de-Bouc.
© Anaïs Lelièvre

 

 


 

 

 

Démontage/restauration de l'installation Coquilles 1, 2019.
Photographie.

Démontage au centre d'Arts Fernand Léger de Port-de-Bouc /
Restauration de l'élément central pour son déplacement au Musée de site archéologique Villa Loupian.

© Anaïs Lelièvre