Notes en résidence / Fresh winds in Gardur, Islande : « Arrivée en Islande en milieu d'après-midi, c'est-à-dire à la tombée de la nuit, c'est-à-dire presque dans le noir... Je commence à dessiner à l'encre noire des pierres de lave noires ramassées en chemin. Les grands amas résiduels de neige, blanc froid, blanc qui tranche, se creusent en limace ou se fracturent sur le noir du paysage. La plage couverte de noir, le grondement refroidi des volcans, la porosité des pierres de lave. A l’endroit des creux, la force de l’ébullition, l’inquiétude souterraine. »

Avec la pointe métallique du rotring, mon geste est celui de taper, qui finit en glissant dans l’après-coup de l’impact ; aussi de gratter. La feuille de papier est surface, ce qui est sur, avec quelque chose dessous, qui n’est plus le mur. Percussion : ça cherche quelque chose dessous, ça vise, mais ça bute en surface, le dessin est sans cesse ce dessein qui rate. En cela il semble gravure mais n’en est pas. C’est dans ce rapport, qui se décale du dessous au dessus, de la profondeur à la surface, du tout près au très loin, que ça vibre et que ça vit. Cherchant à cerner autrement ce qui s’y joue, des mots griffonnés et raturés, recouverts ou recouvrant, se débordent et se distordent, ouvrant à une lecture non linéaire, ponctuée et rebondissante de ses manques. Et cette tentative de perforation et d’énonciation qui devient lignes, tracés sismiques, est ce qui fait que le dessin persiste actif, réactivant sans cesse, dans l’espace du regard, son processus d’émergence.
 

 

 

 

Pierre de lave, 2016-2017.
Dessin et écriture, crayon et encre (rotring, encre de Chine) sur papier, 2,45 x 1,96 mètres.
Après la résidence Fresh winds in Gardur, Islande.

© Anaïs Lelièvre

 

 

 

 

 

 

CONTEXTE