Notes en résidence / Fresh winds in Gardur, Islande : « Arrivée en Islande en milieu d'après-midi, c'est-à-dire à la tombée de la nuit, c'est-à-dire presque dans le noir... Je commence à dessiner à l'encre noire des pierres de lave noires ramassées en chemin. Les grands amas résiduels de neige, blanc froid, blanc qui tranche, se creusent en limace ou se fracturent sur le noir du paysage. La plage couverte de noir, le grondement refroidi des volcans, la porosité des pierres de lave. A l’endroit des creux, la force de l’ébullition, l’inquiétude souterraine. »

Entre dessin, performance, sculpture et installation, un même fond impulse et relie chaque pièce comme des îles (ces îles désertes qui, dans les mots de Deleuze, surgissent, se séparent, disparaissent et reviennent), chaque médium se cherchant transversalement dans l’autre où il n’est pas. Aussi, les dessins tendent-ils vers une dimension sculpturale, et les céramiques se strient-elles d’un geste rythmique que Leroi-Gourhan excavait à l’origine du graphisme (Le Geste et la parole). Percussion, incise, grattage sans charge d’encre, mais chargés d’ombres versatiles, font saillir en lumière des présences indéfinies, entre pierres de lave spongieuses, volcans déracinés, mollusques craquelés, coraux entre roc et fluide. Cette matérialité métamorphique, limaçante et rocailleuse, pointue parce que creusée, vient encore dire quelque chose de la densité poreuse et épaisse du langage tel un « trou […] sur le bout de la langue » (Liliane Giraudon).
 

 



ar r / b ll / ç a / s i, 2017.
Céramique (faïence noire)
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Après la résidence Fresh winds in Gardur, Islande.
© Anaïs Lelièvre


 

 

 

 

 

 

 

 

 

CONTEXTE